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M. Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, envisage l’avenir des transports ferrés normands

Lors de la signature d’une convention pour la rénovation de la Gare de Val-de-Reuil, le 21 octobre, une rencontre a été organisée entre M. Pepy, les élus locaux, et les représentants d’entreprises locales.

Plusieurs questions ont été posées à M. Pepy, dans les locaux de l’entreprise Janssen, à Val-de-Reuil.

Avant de passer au jeu des questions-réponses, M. Jamet, Maire de Val-de-Reuil, et M. Pepy nous font un point sur les enjeux de la convention qui vient d’être signée, et sur la situation de la ligne Le Havre-Rouen-Paris.

L’exposé de M. Jamet :
Le but est de rendre cette gare vieillissante plus attractive, et de la transformer en plate-forme intermodale pour faire la connexion routière avec… Louviers !
Les 3 points à étudier pour moderniser la gare seront :

  • L’accès et la sécurité : avec l’étude des accès pour les personnes à mobilité réduite : ce pourra être un escalier roulant, ou un ascenseur, ou bien encore les 2.
    Force est de constater que l’accès aux quais est difficile pour les personnes âgées, mais impossible pour les personnes à mobilité réduite. Cette convention annonce le glas de l’escalier dit “de la honte”.
    La sécurité serait aussi mieux garantie.
    La gare est souvent un désert, éloigné de la ville, sans commerce ni habitation à proximité.
  • L’accueil et le confort : la gare sera réaménagée pour améliorer le confort des voyageurs, la billetique et l’accueil, et là encore, renforcer la sécurité.
  • Transformer la gare en plate-forme intermodale*, en améliorant les abords de la gare, et les liaisons routières, par bus et taxis.
    A l’heure actuelle, avec un parking totalement congestionné, des transports en commun inexistants vers de nombreuses localités alentour, la gare de Val-de-Reuil n’est pas en mesure de suppléer les arrêts qui vont être supprimés dans les gares de Saint Pierre et Pont-de-l’Arche…
    * Val-de-Reuil : plate-forme intermodale, c’est le mot savant pour dire que les accès routiers seront facilités, le parking réaménagé (et surveillé ?) et des transports en commun mis à disposition des usagers. A ce titre, une promesse a été faite au Maire de Saint-Pierre pour une desserte Saint-Pierre Val-de-Reuil par bus.
Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, Alain Le Vern, président de la Région Haute-Normandie, Jean Louis Destans, président du Département de l’Eure, Franck Martin, président de la CASE, et Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, ont signé cette convention.
L’étude durera 6 mois, et les travaux qui commenceront ensuite devraient être terminés dans une période de 3 ans.
Le financement sera réparti entre la SNCF (on parle de 400.000 €, ce qui représenterait 10% ?), RFF, et les collectivités locales.

C’est au tour de M. Guillaume Pepy d’exposer la situation :
M. Pepy nous a rappelé que les priorités de la SNCF était le fret et la vie quotidienne des voyageurs. (!)
Ensuite, M. Pepy nous a parlé des investissements qui vont être réalisés en Haute-Normandie :
C’est tout d’abord RFF qui investira 1 milliard d’€uros pour rénover la vieillissante ligne Le Havre-Rouen-Paris.
La région financera l’achat de 16 rames TER2N, la rénovation des rames à 2 niveaux VO2N, et la rénovation de la moitié des 80 voitures Corail Intercités.
La SNCF finance quant à elle la rénovation de l’autre moitié des voitures corail, la mise en service des rames et l’adaptation des ateliers de maintenance.

Ajourd’hui, la ligne est saturée, veillissante, et la qualité de service n’est plus au niveau, avec notamment une régularité inférieure à 85%. La rénovation de la ligne et l’acquisition de matériel neuf devrait résoudre une grande partie des problèmes selon M. Pepy.

Monsieur Pepy se prête au jeu des questions-réponses :

Avec l’introduction du cadencement, plusieurs gares ont beaucoup perdu au change. Pour Saint-Pierre du Vauvray, c’est la disparition complète des dessertes de Vernon, Mantes et Paris.
C’est aussi la disparition quasi totale de la desserte de Rouen, car s’il reste bien 1 départ le matin et un retour de Rouen, les horaires sont totalement inadaptés pour une utilisation professionnelle : le départ du matin est à 7:01 – ce qui ne laisse pas de marge pour les mères de familles pour déposer leurs enfants à la garderie, qui ouvre, elle, à 7:00, avant de prendre le train.
Le train de retour part de Rouen à 17:16 – ce qui ne laisse pas de marge pour attraper ce train après le travail. Avec les nouveaux horaires, c’est travailler moins pour prendre le train…

Les solutions sont :

  1. le rabattement vers la gare de Val-de-Reuil (il n’y a plus de ligne pour Paris, c’est donc indispensable…) ;
  2. prolonger la ligne Val-de-Reuil Rouen jusqu’à Saint-Pierre pour les horaires 8:04 vers Rouen et 18:21 dans l’autre sens. Car garder des arrêts à des heures où les usagers ne les empruntent pas, cela revient à vouloir compter les usagers… en leur interdisant l’accès !

Enfin de bonnes nouvelles ! Apparemment, une solution serait possible pour l’un et l’autre de ces points : alors que la région, grâce à l’action d’Alain Le Vern et de M. Jamet, donnerait son accord pour un desserte par bus Saint-Pierre – Val-de-Reuil, M. Pepy, président de la SNCF, va faire étudier la possibilité d’étendre le terminus de Val-de-Reuil jusqu’à Saint-Pierre du Vauvray.

Nous espérons que cette volonté dépassera la simple lettre d’intention pour se transformer en véritable action. Nous l’espérons pour tous ces pères et mères de famille qui prennent le train pour aller travailler, jeunes étudiants, ou simplement usagers ayant besoin de gagner la ville, et qui sont pour l’instant désappointés….

Tout de suite, passons au débat organisé avec M. Pepy, M. Jamet, les élus locaux et les acteurs économiques…

(Pour une meilleure lisibilité nous avons regroupé les questions qui ont été posées dans l’assistance, et les réponses apportées par M. Pepy. Notons qu’il ne s’agissait pas d’un débat, mais d’un constat, où la SNCF vient expliquer les raisons des choix qui ont été faits, et la politique engagée. Il ne s’agit plus de discuter de ces choix, qui sont pour une très large partie entérinés.)
  • Avec la suppression programmée des arrêts dans plusieurs gare de l’Eure, quelles solutions ont été trouvées pour les usagers abandonnés ? Les horaires ne correspondant pas aux besoins de la population, comptez-vous déplacer ces horaires ou éviter ces suppressions ? Les principaux problèmes concernent les gares de Vernon, Saint-Pierre du Vauvray et Pont-de-l’Arche.
    (Voici les nouveaux horaires (presque) définitifs : Le Havre-Rouen-Paris / Dieppe-Rouen-Paris et Rouen-Val de Reuil-Vernon-Paris.)

    Concernant la politique des priorités entre les trains, la politique est claire, selon M. Pepy : le train à l’heure à priorité sur tous les trains en retard, qu’il soit fret ou voyageurs (cela en fait sourire certains).
    La politique retenue en terme d’horaires est le cadencement. C’est la bonne décision, insiste M. Pepy, tout en rappelant que ce cadencement a fait l’objet de débats entre les élus, et que ce sont ces élus qui décident, la SNCF se bornant à en mener l’étude et à mettre en service ces décisions.
    Le cadencement c’est 15% de trains en plus, et 15% de trains en plus, c’est bon pour le service public. Et cela demande de sacrifier un certains nombre d’arrêts en gare. Le président de la SNCF nous rappelle que la ligne Paris-Rouen-Le Havre est saturée aux heures utiles. Et lorsque les lignes sont saturées, les corails ne peuvent s’arrêter partout. On sacrifie donc des arrêts, et ce sont les inter-cités et TER qui prennent alors le relais.
    Mais le 15 décembre, prévient-il, on fera comme cela est prévu !
    Guillaume Pepy prévient tout de même qu’avec un tel niveau d’investissement, il y aura forcément des loupés. Des difficultés de mise en service… Cela du fait de l’adaptation des personnels aux nouveaux horaires, nouveaux matériels, …
    Il faudra peut-être plusieurs mois pour pouvoir atteindre le niveau de service que l’on avait précédemment.
  • Avec la montée en charge de Port 2000, quelle est la priorité établie entre fret et voyageurs ? Avec un trafic qui pourrait dépasser les 6 millions de boites dans les années à venir (contre un peu plus de 2 millions aujourd’hui), et devant une situation de saturation du trafic ferroviaire, comme du trafic auto-routier, existe-t-il des solutions pour acheminer ce fret sans nuire au trafic des voyageurs ?
    Monsieur Pepy nous a exposé la situation des ports du nord, Anvers, Rotterdam, où les capacités d’accueil et la logistique a été prévues avant même de commencer des gros travaux. Cela a engendré pour ces pays une dynamique qui a permis d’en faire les 1ers ports européens.
    En France, on n’a pas cette dynamique. Les infrastructures de fret n’ont pas été prévues, et manquent aujourd’hui.
    Le 15 décembre, on fera comme cela est prévu !
    Pour M. Pepy, il faut dire à l’opinion, et cela nécessite pour lui un vrai courage politique, que les voyageurs doivent aujourd’hui céder la place au fret.
  • Concernant le projet de ligne Evreux-Louviers-Rouen : Ce projet sera-t-il concrétisé ? Si oui, quel itinéraire empruntera cette ligne ?. M. Auzou (onseiller général et régional Louviers sud), explique les nuisances qui affecteront les habitants de la Vallée de l’Iton. M. Auzou propose un itinéraire qui ferait passer la ligne Evreux-Rouen par Serquigny. (Pour les habitants du bassin Louviers-Val-de-Reuil, qui représentent 40% du potentiel de passagers, il s’agit de 1/2 heure de trajet supplémentaire minimum – la correspondance se faisant alors à Oissel -, sans parler des correspondances pour Louviers).
    Pour M. Pepy, ce n’est encore qu’un dossier. L’échéance pour faire aboutir un tel dossier serait de 10 à 15 ans.
    Mais là encore, l’investissement pour le financer ne peut venir que de l’argent public.
    La SNCF réalise l’étude, mais c’est l’argent public qui finance. M. Pepy nous rappelle une fois encore que ce sont les élus qui décident (et re-sourires de certains).
    Si toutefois ce projet était commencé, alors les intérêts des particuliers s’effacent devant l’intérêt général. Mais les habitants qui subiraient une perte seraient bien sûr indemnisés.
  • Y aura-t-il une liaison TGV en Normandie ?
    Une ligne TGV coûte 20 millions d’€ le kilomètre. Il est financé certes en partie par les voyageurs, mais surtout par les contribuables.
    M. Pepy interroge l’assemblée sur le fait que cela est une priorité pour l’argent public ?
    Enfin, il rappelle qu’il est possible de faire rouler un TGV sur des voies classiques (à la vitesse des trains classiques cependant, pour un coût beaucoup plus important), avec des correspondances avec les TER (car les TGV n’ont pas vocation à s’arrêter partout).
  • Les entreprises sont intéressées aux enjeux sur la fréquence et la qualité du service, notamment en ce qui concerne les liaisons entre la Normandie et l’Île-de-France. Qu’est-il prévu de faire pour désengorger le trafic, notamment aux abords de l’Île-de-France ?
    Les difficultés dans les liaisons entre Île-de-france et Normandie sont essentiellement dûes à la congestion des lignes en Île-de-france, et notamment le RER. Ce qui permettra de décongestionner ce traffic est le projet Eole Ouest qui fera déboucher le RER à l’ouest et permettrait de desservir le Mantois (Mantes-La-Jolie).
    cliquez ici pour en savoir plus sur le projet Eole […]

La lettre de mission confiée par le Chef de l’Etat, M. Sarkozy à M. Pepy :

  • Redresser le fret.
    En crise chronique depuis des années, le fret ferroviaire doit être LA priorité de la SNCF.
    La SNCF doit être « le leader du fret et de la logistique » afin de lui redonner « une place centrale dans le transport de marchandises, en France, en Europe et dans le monde ».
  • Améliorer les trains régionaux.
    En particulier en Ile-de-France. Il est urgent d’intensifier la remise à niveau des transports ferroviaires, notamment sur le réseau RER.
  • Exporter davantage le TGV “à la française”.
    Faire du TGV, un champion mondial du ferroviaire. Il faut également exporter le savoir-faire français, notamment d’ingénierie.
  • Moderniser le réseau ferroviaire.
    Cette rénovation doit passer par une « simplification des relations avec le Réseau Ferré de France » (RFF), propriétaire du réseau.
  • Mettre en place la mobilité durable
    La SCNF doit pouvoir être aux premières loges pour réussir la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement.

lire l’article complet (usinenouvelle.com)

Et vous ? Quel est votre avis sur la politique de la SNCF et de la Région ?

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