Enquête publique A28-A13

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Gains de temps pour le contournement Est : 1,5 milliard €

Les gains de temps, c'est ce qui justifie l'autoroute. Il sont estimés à... 1 milliard et demi d'euros, et quelques millions de poussières.
C'est quasiment l'entièreté du gain que représente l'autoroute.
Seulement, troquer 1 milliards d'euros d'investissement public - nos impôts - et d'usage - le péage -, avec autant de pertes en termes de paysages, de santé, de destructions de terres naturelles et agricoles, mais aussi tous les avantages négatifs du projet avancés par le maître d'ouvrage, il vaudrait mieux y trouver un compte quelconque avant d'engager le moindre coup de pelle(teuse) :
  • Gains environnementaux : 31 millions €. On se demande comment 516 hectares de destruction de terres naturelles ou agricoles, et 136 hectares de forêts détruites, pourrait rapporter 31 millions !
  • Avantages carburant : - 128 millions €. Une perte de 128 millions € en carburant ? On prévoit donc plus de déplacements sur toute la métropole. Donc plus de congestion, comme le redoutent nombre de services, des ponts et chaussées à l'AURBSE.
    Et cela n'inclue pas les effets de la périurbanisation qui n'est étudiée par le maître d'ouvrage, alors que les Directions régionales de l'Équipement les y invitent très fortement.
    Plus de carburants, plus de déplacements, plus de congestion, et plus de pollution.
  • Coûts entretien et dépréciation des véhicules : -234 millions d'euros. Le parc automobile, alors que les prix baissent, que la consommation est censée baisser, va engendrer une perte supplémentaire de 234 millions €.
    Tout auto, tout routier, jusqu'en 2080, date présumée de fin de concession.
  • 47 millions de gains de sécurité. Un chiffre qu'il va falloir peut-être revoir un peu à la baisse : une étude de l'observatoire Sanef sur les comportements sur autoroute montre qu'après 10 années de suite de baisse de l'accidentologie et de la mortalité, l'ensemble des indicateurs est reparti à la hausse depuis 2015. En cause, la vitesse d'abord. Elle est impliquée dans 7 accidents sur 10, et la cause de 10% des accidents mortels. Mais aussi l'inattention, et l'usage du téléphone : 16% des accidents mortels.
    La Sanef rappelle qu'en roulant à 150 km/h au lieu de 130 km/h, sur une distance de 100 km, on ne gagne que 6 minutes.
    On peut rappeler aussi qu'en roulant à 110 km/h au lieu de 130 km/h, sur 100 km, on ne gagne que 6 minutes.
    Et donc, en roulant à 90 km/h au lieu de 130 km/h sur une distance de 30 km (CASE - Rouen), on ne gagne qu'un peu plus de 5 minutes.
  • Mais enfin, la quasi entièreté des avantages présentés, ce sont les gains de temps : 1507 millions d'euros. Les gains de temps devront représenter un milliard et demi d'euros, et ceci essentiellement sur les horaires pendulaires (travail matin et soir), faute de quoi, l'infrastructure ne sera pas rentable.Ce sujet ne peut souffrir d'erreur, d'approximation, ni de doutes. Les gains de temps doivent représenter 3 fois le coût d'investissement présenté pour qu'il y ait une chance d'être rentable.
    A noter que les coûts d'investissements présentés dans la VAN sont de 523 M€, soit 60% des 886 M€ HT de l'investissement total. Sauf à le dépasser, bien entendu.
van-se-contournement-est
Vous pouvez cliquer sur l'image ci-contre pour constater les avantages/inconvénients estimés par le maître d'ouvrage.
Les gains de temps qu'il présente sont le déplacement aux horaires pendulaires entre Louviers et le rond point aux vahes : 10 minutes en véhicule léger, un quart d'heure en poids lourd.
Un autre gain est présenté entre Fleury-sur-Andelle et le rond point aux vaches, faisant passer le temps de parcours de 50 à 20 minutes.
Je me suis d'abord interrogé sur le 1er cas : comment gagner 10 minutes sur un trajet qui ne prend que 16 minutes en voiture, et 15 minutes sur un trajet d'un peu plus de 20 minutes en camion ?
Aujourd'hui, lorsqu'on prend l'A13 à Incarville, même aux heures de pointes, ce tronçon est fluide. Jusqu'au rond point aux vaches, au moins. A partir de cet endroit, le boulevard industriel (RD18e) est une des voies les plus congestionnées de la métropole.
Mais le contournement Est ferait déboucher son trafic précisément à cet endroit, que l'on sait congestionné.
L'A13, c'est un tracé simple : en ligne droite, sans changer d'altitude, avec un seul péage, sur un tronçon fluide, on peut soit bifurquer sur le rond point aux vaches, soit continuer et emprunter la Sud III, soit encore sortir au rond point des colonnes pour emprunter la rocade sud.
Avec le contournement, on nous propose non pas un, mais deux péages. On prend le péage à Val de Reuil, on traverse un viaduc de 1,7 km qui part de Lery, à 7 ou 8 m d'altitude, puis le viaduc grimpe à 25 m de hauteur, redescend à 7 à 8 mètres de hauteur entre le Manoir et Pîtres, nous conduit le long de la Seine, bifurque vers le plateau Est, on remonte jusqu'à 60 mètres, avant d'arriver à Gouy directtion les Authieux, où un viaduc de 1 km nous fait redescendre sur une pente très forte (5%) jusqu'à 10 mètres de hauteur à Oissel, où on pourra emprunter un autre viaduc qui passe au dessus du chemin de fer (ligne le Havre-Paris). Comment gagner 10 minutes en ne cessant de monter et descendre, en empruntant des viaducs où la vitesse devra être limitée, monter, descendre, remonter, redescendre ? C'est bien sûr impossible. Et même on en perdrait.
Tous les élus savent que c'est impossible, et le disent volontiers, pour certains partisans de l'autoroute, mais pour d'autres raisons que les gains de temps.
La question posée au maître d'ouvrage lors des séances d'enquête publique, il m'a été précisé qu'il ne s'agit pas de 10 minutes mais plutôt 5 minutes. J'ai pourtant bien lu 10 minutes. Et si l'on fait des calculs de VAN de 10 minutes, et que cela ne fait que 5, alors le calcul de la VAN est faux. Et s'il faut diviser le gain de temps de moitié, le projet n'est plus rentable, l'argent public gaspillé.
Personnellement j'estime que le trajet par le contournement prendrait plus de temps que par l'A13, pour un péage plus élevé. Et les Casois refusent déjà, dans leur grande majorité, le péage d'Incarville. Ils shuntent empruntent la RD 6015 et le contournement de Pont de l'Arche vers Criquebeuf pour ne pas payer les 2,10 euros. Quitte à perdre des minutes. Comme les camions d'ailleurs.
Pour gagner des minutes, le maître d'ouvrage a surestimé les temps de parcours sur les tronçons qui pourtant sont fluides. Sur le trajet CASE-métropole, mais aussi sur le trajet de Fleury-sur-Andelle au rond point aux vaches. les 50 minutes présentées en temps de parcours. Ça, c'est le parcours qui passe par le centre ville de Oissel. L'autre parcours, gratuit, passe par l'A13 et ne met que 35 minutes. C'est bien sûr ce tracé qu'empruntent les rares usagers qui iraient de Fleury-Sur-Andelle au rond point aux vaches.
Mais quel intérêt auraient les Fleurysiens de se rendre au rond point aux vaches ? C'est un trafic marginal.
S'il n'y a pas de gains de temps, ou marginal, puisqu'on ma répondu que s'il n'y avait pas de gain de temps pour CASE-métropole, il y en avait un pour les trajets CASE-Amiens.
Je veux bien le croire. Mais combien d'usagers effectuent quotidiennement un trajet pendulaire Louviers-Amiens ? Y en a-t-il même un seul, pour lequel nous serions prêts à engager 1 milliard d'euros ?

Contournement Est : à Montmain, des exploitants bio spoliés, la biodiversité menacée

Bienvenue chez Myriam et Thomas, cueilleurs de plantes et fruits sauvages, et producteurs de confitures et de sirops biologiques.
Mûres, baies de sureau, cenelles, cynorodons et prunelles, ortie, achillée, millepertuis, menthe et origan vous sont proposés à déguster sur les marchés.
Leur exploitation est passée sous les radars du maître d'ouvrage. A moins que ceux-ci aient choisi de ne pas les voir. "Couvrez ce trésor de nature que je ne saurais souffrir !"
Leur travail ne consiste pas seulement à transformer plantes et fruits sauvages en mets délicats, Myriam et Thomas entretiennent la terre pour maintenir un équilibre écologique, et préserver une biodiversité très riche sur leur exploitation, permettant à des plantes patrimoniales de s'épanouir. La pelouse calcicole recèle non moins de 160 espèces végétales, 9 sont patrimoniales, 19 peu communes, et une, la phalangère rameuse, est rare et protégée régionalement.
C'est un site de 7,35 hectares d'un seul tenant, où 300 espèces de plantes vasculaires ont été recensées. Un paradis pour insectes, othoptères, mollusques, coléoptères, et bien sûr abeilles et autres pollinisateurs, qui se trouvent protégés dans un milieu sans aucun pesticide, entièrement naturel.
Le site abrite aussi des papillons rares, le demi-argus et l'azuré de la cytise, et aussi un minuscule rongeur, le muscardin, des couleuvres à collier, orvets fragiles, crapauds, en plus d'être un paradis pour oiseaux, hiboux moyens-ducs, chouettes effraies, éperviers, faucons hobereaux, buses variables et chauves-souris.
Comment le maître d'ouvrage a-t-il pu passer à côté de ce patrimoine naturel que Myriam et Thomas protègent ? Comment ont-ils pu ignorer ce qui leur a été signalé de longue date ?
Ce projet autoroutier menace l'exploitation et l'activité des deux agriculteurs bio, mais bien plus que cela : ce projet menace un trésor de biodiversité qui risque de disparaître, alors même que le réchauffement climatique met les espèces de plus en plus en danger.
Non content d'être toxique pour la nature et la biodiversité, l'autoroute augmenterait le réchauffement climatique, avec 50 000 tonnes de gaz à effet de serre ajoutées supplémentairement par an.
Le maître d'ouvrage présente un gain environnemental de 31 millions d'euros comme avantage de l'autoroute. Soi disant en rétablissant des lisières ou en "favorisant" des corridors écologiques.
Mais en réalité, et cela, tout le monde le sait : c'est un massacre environnemental que propose le maître d'ouvrage. L'autoroute va détruire des zones d'intérêt écologique majeurs, des paysages grandioses, une biodiversité qui nécessite qu'on la protège, car elle nous protège. Une autoroute ne favorise pas les corridors écologiques, elle est un mur entre espèces, c'est une rupture écologique. On ne crée pas des lisières, on les détruit.
Ils mentent ceux qui vous disent, et osent écrire qu'il y a gain environnemental (enquête socio économique, pièce F, page 157), et qui lui donnent une valeur de 31 millions d'euros.
Il y a perte, majeure, et le coût serait si immense qu'il ne saurait en être mesuré, aujourd'hui, et pour les générations à venir.
Merci à Myriam et Thomas, qui, eux, protègent notre patrimoine naturel.
Le refus de voir cette zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique, et floristique exceptionnel se double d'un refus de répondre.
Depuis 2011, Thomas alerte le maître d'ouvrage de la présence de cette zone, mais il est ignoré.
Il aura fallu en arriver à l'enquête publique pour être entendu par les commissaires-enquêteurs. Mais le maître d'ouvrage n'a pas daigné répondre à leurs questions.
Ce n'est ni d'intérêt écologique, ni d'intérêt général, mais la preuve du désintérêt pour la nature et ceux qui la protègent.

Contournement Est : une des plus formidables contributions, très avancée techniquement

Une des contributions les plus techniques déposées. Formidable travail d'Arnaud Delannay, du collectif des Authieux.
Chapeau bas, citoyen ! Merci pour un tel engagement, merci à lui de s'être mis à disposition du public, du territoire, et des générations futures.
4000 pages à analyser, en seulement deux mois. Mais aussi les dossiers des services de l'équipement, de tous les services, et les rapports de l'Autorité environnementale, du Commissariat Général à l'Investissement, et tant d'autres, tout a été étudié pour dénoncer l'inutilité, les risques, et la toxicité du projet.
Mais aussi les zones d'ombre, les contradictions, et les mensonges, car il faut convaincre.
Là où le gratin de la politique régionale ou nationale nous explique que "le contournement Est est indispensable, utile, et nécessaire", il y a des citoyens qui travaillent sur le dossier.
Les citoyens s'excusent, cela prend des dizaines, et des dizaines de pages.
Ils s'excusent d'avance pour vous infliger des données très techniques, des graphiques compliqués, ceux-là mêmes que les services nous demandent d'analyser.
Pollution, trafics, données économiques, tout passe au crible. C'est argumenté, mais Arnaud n'est pas au gouvernement : il ne suffit pas de dire que le projet est inutile, pas nécessaire, qu'on peut s'en dispenser.
Il faut prouver : il prouve.
Messieurs Revet et Poniatowski se sont trompés avec l'A28. Il sont responsables. Mais non coupables.
Penserions-nous à véritablement modifier les comportements des transporteurs, et obliger le trafic poids lourds à prendre les autoroutes, alors que le gouvernement a abdiqué sur la taxe poids lourds ? L'écotaxe, qui nous coûte aussi près de 1 Md €.
Et puis développer le transport collectif en subventionnant l'automobile... L'automobiliste n'est pas qu'une vache à lait : il vote. Alors les politiques font en sorte de ne pas les accuser, et de leur promettre une circulation plus facile demain... en auto.
Mais la congestion par le trafic automobile vient du trafic automobile.
Ils font comment les gens, si on ne propose pas de transports collectifs, actifs ou intermodaux ?
Il font comment les vieux, les jeunes, ceux qui travaillent, quelle que soit l'heure.
Bref du transport avec des correspondances, une amplitude horaire suffisante pour toutes les activités : professionnelles, familiales, culturelles, et pour tous les âges.
Doit-on perpétuer en permanence les mêmes erreurs, commettre les mauvais diagnostics, en mauvais docteurs d'une excellente pièce de Molière ?
Promettre, échouer, détruire, et soumettre la facture aux contribuables et aux générations futures. Se payer sur la dette.
Nos politiques en assumeront la responsabilité, notre responsabilité. Mais sans jamais assumer la culpabilité.
Sans jamais réparer.

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