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Y a-t-il une culture élitiste ?

Discussion passionnée et passionnante avant-hier avec les copains de saintpierre-express, sur le thème : faut-il opposer culture « élitiste » et culture « populaire » ?
« Elitiste » signifierait réservée à une « élite » sociale et intellectuelle : musique classique, jazz, opéra, théâtre, littérature, peinture… « Populaire » devenant alors un synonyme péjoratif de culture de masse bas de gamme.
On connaît les difficultés qu’a eu le polar, considéré comme une « littérature de gare », à entrer dans la (grande) Littérature. Idem aujourd’hui pour la BD, le slam ou le rap, encore considérés comme des genres « mineurs ».
« Pop Art » ou musique « Pop » avaient pourtant bien essayé en leur temps de forcer les portes closes de la culture des musées, dans un joyeux foutoir libérateur !

Aujourd’hui, on voit se renforcer les frontières, se construire des murs entre les cultures. Ma culture versus ta culture. On n’est pas du même quartier, on n’a pas le même âge, on n’a pas fréquenté les mêmes bancs, « tu peux pas comprendre »

Qui jouera le rôle de passeur de frontière ? On voit ici l’importance de l’accompagnement culturel. « L’opéra, on n’y comprend rien ! » Pourtant Carmen raconte une histoire d’amour, de séduction, de tromperie et de liberté : racontons cette histoire, elle parlera…
« Madame, nous le théâtre on n’aime pas ! » commencent par clamer les élèves… avant de se laisser prendre au jeu du spectacle vivant, qui les amènera à se questionner mine de rien sur les choix de mise en scène.

« Entrouvre la porte, certains la pousseront », j’ai bien aimé cette métaphore de Pierre.

Rendre la culture, dite « élististe », populaire, cela passe par une véritable politique en matière d’éducation, d’accompagnement à la culture, de transports aussi. LA culture n’est pas formelle, même si Michel-Ange et Camille Claudel ont pu en graver une partie dans le marbre… c’est un vaste territoire multi-culturel, multicolore, aux subtils parfums, remplis de sons, de formes, de technologie, d’art, de références…
Un territoire si vaste, qu’il nous faut des cartes et des guides pour l’appréhender. Cela nécessite certes de la curiosité, de l’ouverture et du partage, mais ce sont des qualités que la plupart d’entre nous possède.

Tout le monde n’a pas les clefs, par contre. C’est pour cela qu’on a besoin d’hommes et de moyens.

Qu’en pensez-vous ?

Laetitia Sanchez

déjà 3 commentaires pour cet article

  1. Fév 2010
    15
    12 h 55

    Il est vrai que cette discussion fut intéressante ; j’irai jusqu’à dire passionnante … Existe t-il différents niveaux de culture : l’un élitiste, l’autre populaire ? Je n’y crois pas vraiment, même si dans les faits, on peut penser le contraire. Il y a LA culture, dans toute sa complexité, dans toute sa diversité et certainement même dans toute sa difficulté mais aussi dans toute sa beauté … L’artiste ne crée pas pour une élite, mais pour que ses oeuvres soient vues, lues, entendues, reconnues par le plus grand nombre. C’est la société qui crée l’élitisme, de par l’accès à la culture : c’est souvent cher et non remboursé par la sécu ; mais aussi, plus insidieusement, en introduisant dans les consciences le fait qu’il existerait bien une culture pour les gens cultivés et une autre culture, plus populaire, pour les gens moins cultivés. Autrement dit, nous entretenons nous mêmes cette idée d’une culture à deux vitesses. Il est vrai cependant, je ne le nie pas, que certaines formes d’art sont plus difficiles à appréhender que d’autres.
    J’en viens à un point essentiel de mon raisonnement : la curiosité, l’appétit, la soif (on l’appelle comme on veut) est une condition sine qua non pour oser avancer dans un monde où les émotions sont le fil conducteur ; mais ce n’est pas la seule condition. Je crois que pour apprécier et continuer le chemin, il faut donner du sens à ce que l’on voit. Il s’agit donc pour moi de lier les sensations, les émotions et d’essayer de comprendre : Pourquoi ? Comment ? Où ? Tout simplement suivre mon chemin ; et – excusez-moi – je ne vois pas d’élitisme là dedans. Alors, évidemment, nous avons tous besoin de quelques clés pour nous aider à mieux appréhender les choses et là je crois ( je suis sûr) que l’école, mais pas seulement l’école ( la famille, les collectivités, les artistes eux mêmes ) a un rôle formidable à jouer. Depuis 2008, l’histoire des arts est au programme de l’école primaire et devient une épreuve (pas encore majeure) du brevet. C’est une chance pour les élèves, de futurs adultes, de se confronter aux oeuvres et aux artistes ; d’étudier la vie et les oeuvres de quelques artistes majeurs, d’avoir quelques points de repère, de vérifier que les arts ouvrent les esprits et qu’ils couvrent des champs immensément grands. Il n’y a là aucune forme d’élitisme mais simplement l’espoir de donner des clés et de susciter la curiosité de chacun.
    J’arrive à la fin de mon propos : j’ai volontairement laissé de côté l’aspect financier qui crée de l’inégalité quant à l’accès à la culture car ce n’était pas vraiment le sujet, et en plus, vous en conviendrez, je n’y peux rien. J’ai peut être enfoncé des portes déjà ouvertes. Eh bien , tant mieux ! J’ai peut être permis d’entrouvrir quelques portes. Eh bien tant mieux ! Des portes sont restées fermées. Eh bien tant mieux , libre à vous de rebondir. Je crois en cette fameuse culture pour tous, ce que je nommerai la culture partagée.

    Pierre

  2. Fév 2010
    15
    14 h 57

    J’ai un fils largement plus intéressé par le foot que les livres (sauf les mangas) ou toute autre forme d’art. Je réalise que c’est faux car j’oublie qu’il ne sait rien faire sans écouter de la musique.
    Il a étudié entre autres en histoire de l’art la musique au 19ème siècle. Il était ravi de nous parler de ses découvertes. Pendant les vacances, il est allé chez sa grand-mère en région parisienne. Il voulait qu’elle l’emmène au Louvre voir le tableau de Delacroix “La liberté guidant le peuple” parce qu’il l’avait étudié en classe (dommage, il n’y est pas allé !).
    Je n’aurais jamais pensé entendre cette demande de sa part.
    Alors merci Pierre.

    Sophie

    HUBERT

  3. Avr 2012
    20
    14 h 54

    Pour faire le point sur la question, il faut convoquer la sociologie (par exemple Bourdieu et ses histoires de capital symbolique) : pourquoi est-ce que les chanteuses d’opéra du XIXe étaient comme Lady Gaga aujourd’hui mais qu’il faut à présent entrer à l’opéra comme dans une église, en baissant la tête ? Est-ce que les libertés et les servitudes des artistes sont les mêmes selon qu’ils s’adressent à un public important ou confidentiel ? J’ai publié pour ma part un article qui peut vous intéresser sur la question, concernant le cinéma, et, presque sous le même titre, un livre sur le statut culturel de la bande dessinée.
    L’autre jour à “Ce soir ou jamais”, Michel Onfray a dit que “Disney n’est pas de la culture”… ahurissante prise de position, mais due à quelqu’un qui justement se veut un “passeur” de la culture haute, qui fait de louables efforts pour animer une université populaire…

    Jean-no

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