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Quelle semaine pour le nucléaire français !

Quelle  semaine pour le nucléaire Français ! ©ReutersQuelle semaine pour le nucléaire Français !
La question de la transparence de l’information est bien loin. Comme vous avez pu le voir cette semaine, la notion de déchets n’est pas la même pour tout le monde. C’est ainsi que, sous prétexte qu’un jour une partie de ces « restes de combustion » sera utilisée, que l’on retrouve du plutonium de retraitement français laissé en dépôt à Tomsk-7 (Russie) dans un site à ciel ouvert. Vous me direz loin des yeux…

Mais ces restes, on ne dit pas déchets, mais matières valorisables qui ne seront peut-être pas valorisées, traversent l’Europe.
Sans passer très loin de chez nous (ligne paris – le havre), ils prennent le bateau. Mais qui, d’EDF ou d’Areva, a effectué une réelle enquête d’impact et de risque lors de ces transports ?
Je sais bien que dans l’opinion publique, avec force campagnes de publicité, notre place de cerveau libre a intégré que les hommes et les femmes à la tête de ces organisations pensent à tout, et que seuls les grincheux écolos voient le mal partout, je sais bien.

le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) vient de déclarer à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) qu’il s’était trompé !

Mais cette même semaine le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) vient de déclarer à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) qu’il s’était trompé dans l’évaluation des quantités de plutonium présentes dans son Atelier de technologie plutonium (ATPu), en cours de démantèlement à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône (cette fois c’est des restes de plutonium américain, vous savez « loin des yeux.. »). Cet « incident » est d’une extrême gravité.
Et là les grincheux ont raison, et demandent des explications, car les conséquences auraient pu être dramatiques :

  1. Ce scandale a des conséquences considérables sur la sûreté nucléaire. La présence de grandes quantités de plutonium en un même lieu peut engendrer un « accident de criticité ». C’est à partir du plutonium que l’on fabrique une bombe, et le déclenchement de la réaction se produit lorsqu’on met en contact une masse de 10 Kg de plutonium source Wikipedia.
    L’ASN ne s’y est pas trompé en ordonnant au CEA « d’arrêter immédiatement les opérations de démantèlement » et en qualifiant le risque, pour la première fois dans ce domaine, de «grave et imminent ».
  2. Les conséquences sur la sécurité nucléaire sont également inquiétantes. Cette comptabilité défectueuse du CEA sur les quantités de plutonium dans l’Atelier (8 kg, rectifiés en 22 kg, extrapolés en 39 kg) démontre le manque de procédures évaluées par des organismes indépendants comme la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (criirad) et renforce le sentiment d’impunité de cet organisme.
    Cette ignorance comptable démontre aussi combien il est facile de détourner des kilogrammes de plutonium pour alimenter la prolifération nucléaire et le trafic de matières fissiles ultra sensibles.
  3. Cet incident remet en cause la doctrine française du retraitement des combustibles usés issus des réacteurs nucléaires. Quand on est incapable de savoir quelles quantités de plutonium on fabrique par le retraitement, quelles quantités on transporte de La Hague (Manche) à Cadarache ou à Marcoule (Gard), et quelles quantités on stocke sur les étagères de ses Ateliers, il est préférable de renoncer au retraitement !
    Alors oui je me pose une fois plus la question : et si l’argument du recyclage des restes de combustion n’était qu’un argument de communication de cette filière énergétique ?

Car souvenez vous du slogan « énergie nucléaire, une énergie propre recyclable ».
Et pour notre part de cerveau libre, recyclable n’est pas loin de renouvelable.

Après cette petite brain green-washing, il n’y a qu’à espérer que le CEA ne s’est pas encore trompé sur d’autres évaluations de risques. Et qu’il n’y aura pas de catastrophe sociale, humaine, climatique ou géologique au cours des quelques milliers d’années à venir.

Si vous avez raté le reportage à la télé, vous pouvez encore le regarder en cliquant sur ce lien : Nucléaire, le cauchemar des déchets

Jérôme Bourlet

déjà 2 commentaires pour cet article

  1. Oct 2009
    17
    11 h 48

    Et comme si cela ne suffisait pas, on a aussi appris que la mise en service de l’EPR finlandais pourrait être repoussé après juin 2012. Rappelons qu’il était initialement prévu pour cet été 2009.
    La bagarre juridique est engagée pour le partage des responsabilités entre TVO, le commanditaire finlandais, d’une part, et d’autre part le groupe Areva-Siemens. Et bien sûr, des surcoûts, où les groupes Areva, Siemens et le commanditaires TVO se réclament des milliards d’€ d’indemnités.
    La liste des retards et échecs accumulés pour ce projet était déjà faramineuse (lire l’article de l’expansion “Les déboires de l’EPR finlandais coûtent cher à Areva”).
    Pour Areva, c’est le groupe finlandais qui est responsable des retards, pour n’avoir pas accéléré les traitement des documents qui doivent être transmis à l’Agence de Sûreté Finlandaise afin de permettre l’avancement des travaux.
    Pour TVO, il s’agit de problèmes de sécurité : des opérations de soudure sur le site après avoir constaté “entre le 6 et le 8 octobre” des “défauts” sur les conduites de refroidissement et des “manque d’instructions”. La Stuk (Agence finlandaise pour les radiations et la sécurité nucléaire) avait déjà demandé en mai une enquête sur des conduites soudées en France pour le compte d’Areva, après que des tests y eurent révélé des fissures microscopiques.
    M. Silvennoinen a déclaré dans un communiqué : “Mais en même temps, nous n’accepterons pas de compromis sur les exigences de sécurité ou de qualité, le réacteur sera sûr et technologiquement avancé”.
    La bagarre risque de coûter cher. Mais il est sûr qu’on ne peut transiger avec la sécurité de la technologie la plus dangereuse du monde.

    On peut aussi se poser une question: pourquoi les prix de l’électricité diffèrent-ils si peu entre les pays européens, alors que le nucléaire était censé nous procurer des prix à bas coût. (voir le document de la Commission de Régulation de l’Energie : Prix de détail moyens de l’électricité en Europe établis par Eurostat pour les résidentiels ayant une consommation annuelle comprise entre 2500 et 5000 kWh).
    Quand il faudra ajouter au prix de cette énergie celui du démantèlement des centrales, le coût énergétique ne risque-t-il pas d’exploser ?
    La demande de démantèlement de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne centrale nucléaire française en exploitation, devrait permettre d’améliorer les techniques et l’organisation du démantèlement. Nous voyons actuellement en ce qui concerne la centrale de Brennilis arrêtée depuis deux décennies, qu’EDF ne s’est pas préparé à cette phase 3, puisque le démantèlement s’effectue actuellement dans des conditions scandaleuses (source : stop Fessenheim), et enfin d’en connaître les coûts.

    Avec les déboires que connaissent Areva et EDF, même si l’heure est apparemment à l’autocongratulation, le problème des déchets, des erreurs sur les évaluations des risques et tout simplement du suivi de la matière, et des surcoûts qui s’accumulent pour la construction des centrales, et ce au prix d’une énergie à un tarif moyen pour le public et d’un développement ralenti des énergies alternatives, vont-ils pousser les autorités publiques à une grande réflexion sur la politique énergétique de la France et de l’Europe pour les années à venir ?
    En attendant, on ne le voit pas venir ce Grenelle de l’énergie…

    nono

  2. Juin 2011
    3
    9 h 12

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