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A Petroplus, Petit-Couronne, le 10 janvier 2012, et à M-Real, Alizay, le 13 janvier, Eva Joly vient rencontrer les salariés pour parler d’emploi et de conversion industrielle en Haute-Normandie

Ecologie et industrie : la conversion est nécessaire, et elle doit respecter les hommes et leur environnement

Mardi 10 janvier 2012, Eva Joly fera le déplacement à Petit-Couronne, près de Rouen, sur le site de la raffinerie vendue par Shell au groupe suisse Petroplus en 2008. Jeudi 29 décembre 2011, entre Noël et le jour de l’an, le groupe suisse a annoncé que toutes ses lignes de crédit avaient été suspendues par les banques.
La société est basée dans le canton suisse de Zoug (“la Suisse de la Suisse”), à l’instar d’autres multinationales comme Glencore, le numéro un mondial des matières premières, qui avait dépecé Metaleurop, ou Precious Woods, actif dans les bois tropicaux, ou encore le sulfureux propriétaire de l’Erika, ce navire-poubelle auteur d’une marée noire en Bretagne, qui n’a jamais été inquiété…
On s’inquiète aujourd’hui de la faillite de Petroplus, qui laisserait sur le carreau les 550 salariés de Petit-Couronne : qui prendrait alors en charge le plan social et la dépollution du site ?
Les écologistes souhaitent rappeler la responsabilité du groupe Shell, propriétaire du site pendant 60 ans, de 1948 et 2008.
La multinationale a vendu ses raffineries à Petroplus en 2007, alors que l’on savait que la société acheteuse était dans le rouge.
L’inconséquence environnementale s’accompagne, chez Shell comme jadis chez Metaleurop(*), d’une inconséquence sociale. Si ces grands groupes ont anticipé la nécessaire mutation de nos anciens appareils industriels, c’est en se désengageant de la production, sans prise en compte des conséquences sociales et environnementales. Quant à l’Etat et aux régions, on ne peut pas dire non plus qu’ils aient montré la volonté d’accompagner cette transition de nos anciens appareils productifs, pourtant nécessairement voués à évoluer pour s’adapter aux évolutions écologiques : raréfaction du pétrole, mutation des transports et diminution de la part de l’automobile.
Aujourd’hui ce sont les salariés qui font les frais de l’inconséquence des entreprises et des pouvoirs publics.

Qui prendra la décision de convertir enfin nos industries du passé en industries d’avenir ?

Il faut s’habituer aujourd’hui à considérer le pétrole comme une denrée rare et précieuse, que l’on doit réserver pour l’avenir à ses usages les plus nobles et les plus indispensables, comme la chimie et notamment la fabrication de médicaments.
La conversion écologique de l’industrie et l’emploi seront les thèmes d’un second déplacement d’Eva Joly en Haute-Normandie, le vendredi 13 janvier, sur le site de M-Real à Alizay.
Ce site, également menacé, est emblématique du manque de volonté d’accompagnement de la transformation écologique de nos sites industriels, puisqu’un projet existe, porté par les salariés, les syndicats, et les écologistes.
Dès le mois de juin 2011, au moment des primaires écologistes, Eva Joly s’est intéressée à l’avenir de l’industrie haut-normande, avec un premier déplacement à l’usine Renault de Sandouville (76). Elle y a vivement soutenu le projet de mise en place d’une nouvelle filière de déconstruction automobile, porté par les salariés depuis 2009. Ce genre de projet est exemplaire de la conversion nécessaire de nos industries du passé, et il répond à la fois aux préoccupations environnementales (récupération et valorisation des matériaux) et sociales (reconversion des salariés et valorisation de leur savoir-faire).
(*)Metaleurop a déposé le bilan en 2003 et laissé sur le carreau les 830 salariés du site et une zone de 45 km2 à dépolluer – soit 60 000 habitants exposés à la pollution par le plomb. Les écologistes veulent rappeler à ces grands groupes le principe du “Pollueur-Payeur”, adopté par l’OCDE en 1972 et défini en France par l’article L110-1, II, 3° du code de l’environnement selon lequel « les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci doivent être supportés par le pollueur.»

Loin des cartes postales de vaches sous les pommiers, notre région est avant tout une région industrielle. Au XIXe siècle, ce sont d’abord les industries textiles et les papeteries qui se sont installées, d’abord dans les petites vallées affluentes de la Seine (le Cailly, le Robec, la Sainte-Austreberthe), puis sur la Seine elle-même. Avant la guerre, ce fut au tour des raffineries de s’implanter entre Rouen et Le Havre (deux ports situés respectivement au 2e et 6e rang national). Un pôle pétrochimique considérable s’est ainsi développé autour de cet axe, qui réalisait un tiers de la production française de produits raffinés en 2004. Dans les années 1960, l’industrie automobile s’est installée (Cléon, Sandouville, Dieppe, Grand-Couronne, Aubevoye), suivie par d’autres industries décentralisées (électronique, pharmacie et parfumerie), développant un important réseau de sous-traitance. Enfin, dans les années 1980, deux centrales nucléaires ont été construites, Paluel et Penly, produisant un dixième de l’électricité française.
L’importance de l’activité industrielle va de pair avec une représentation plus forte de l’emploi industriel (un emploi sur 5) par rapport à l’ensemble du territoire (moins d’un emploi sur 6). (Source : Insee, La France et ses régions – Édition 2010, parue en juin 2010).
Mais ces grands établissements à unités de production lourde dépendent pour la plupart de centres de décision extérieurs à la région. Elles sont par ailleurs donneuses d’ordre pour de nombreuses petites et moyennes entreprises sous traitantes. Cette double dépendance fragilise le tissu industriel. Ce qui a longtemps été un atout pour le P.I.B. régional (la région était en 2006 au 8ème rang des régions françaises pour le PIB par habitant) devient une faiblesse dans un contexte comme celui d’aujourd’hui. Une reconversion économique et sociale est nécessaire pour la Haute-Normandie et sa situation sociale et sanitaire devient de plus en plus fragile.
Sur le plan sociologique en effet, la région reste fortement marquée par cette histoire industrielle et la proportion d’ouvriers (31% des emplois) et d’employés (28%) est plus forte qu’au niveau national, alors que la proportion de cadres reste inférieure (9,7% contre 13% en France).
La Haute-Normandie est particulièrement exposée à la crise débutée en 2008. La hausse du chômage a fortement affecté toutes les zones d’emploi, avec un taux de chômage qui dépasse les 10% et met la Haute-Normandie au 4ème rang des régions françaises les plus touchées. Le taux d’activité féminine est inférieur au taux national, la Haute Normandie se situant à 49,10 % soit en quatrième position et 7 points de moins que la première région l’Ile de France (56,20%).
La Haute-Normandie reste en outre déficitaire dans ses échanges migratoires : ce sont majoritairement les jeunes et les mieux formés qui quittent définitivement la région. Cette dégradation du solde migratoire de la Haute-Normandie contribue au vieillissement de la population. Les personnes âgées de plus de 60 ans, les « seniors » (18,8 % au dernier recensement) devraient représenter 31,6 % de la population régionale à l’horizon 2030. Le nombre de retraités croit plus vite que la population active et la région compte désormais deux retraités pour cinq actifs.
Notons enfin que la Haute-Normandie présente une situation sanitaire préoccupante, l’état de santé de la population ayant aussi un impact sur son employabilité et son insertion sociale. La surmortalité est supérieure à la moyenne nationale, et notamment la surmortalité prématurée (plus 12,9 % par rapport à la moyenne nationale), particulièrement pour les cancers, suicides ou maladies liées à une consommation excessive d’alcool.

Laetitia Sanchez

déjà 4 commentaires pour cet article

  1. Jan 2012
    8
    20 h 34

    Je ne peux m’empêcher de penser au cas Samsonite, à Henin-Beaumont, ou Fiodor Rilov a remporté une victoire contre une casse sociale organisée, avec une société qui rachète l’entreprise pour la couler, laissant là aussi les salariés sur le carreau.
    Samsonite avait cédé son usine en 2005 à une structure dénommée HB Group. Rebaptisé Energy Plast, le site “devait” se reconvertir dans la fabrication de panneaux photovoltaïques. En février 2007, les repreneurs avaient liquidé l’affaire et licencié les 205 salariés.

    Le reportage “Liquidation totale” a montré le combat des salariés pour défendre et recouvrer leurs droits.
    Aujourd’hui, après avoir remporté, en France, les procès qui les opposaient au bagagiste américain, les ex-salariés de l’usine de Hénin-Beaumont vont affronter le fonds d’investissement Bain Capital sur son territoire, en l’assignant au tribunal de Boston.

    Samsonite, ce n’est pas Shell. Mais dans cette histoire aussi, une entreprise rachète des usines, avant de mettre la clef sous la porte. Casse sociale, casse environnementale, casse économique.

    Va-t-on assister impuissants à ce jeu de massacre, quand Shell a réalisé un bénéfice de 5,7 milliards de dollars au quatrième trimestre 2010 ?

    Le groupe a mis en avant la faiblesse des marges dans le raffinage, les marges volatiles dans la commercialisation en aval dues à la hausse de cours du pétrole et les pressions sur le prix du gaz naturel dans certaines régions, pour expliquer des résultats “décevants”.

    Pour autant, Shell peut-il échapper à ses responsabilités ?

    Shell est aussi la compagnie à qui appartenait les 220.000 tonnes de pétrole dont le transport avait été confié à la société Amoco, propriétaire de l’Amoco Cadiz, en 1978…

    nono

  2. Jan 2012
    8
    22 h 25

    Nono,

    La reconversion est inéluctable.

    Les Anglais l’ont compris qui ont choisi de “changer d’industrie” pour passer à l’industrie de la finance et des services, les Belges aussi qui développent la logistique et le transport à tours de bras, tout comme les Hollandais.

    Malgré la crise, le port de Rotterdam a battu son record en 2011 avec 443 millions de tonnes, en dépit du recul du pétrole (25% du pétrole de l’Europe arrive à Rotterdam), pour te donner une idée, c’est 6 fois le trafic du port du Havre !

    Et le secteur secondaire c’est 10% de la population active en France.

    Alors arrêtons de déconner, les vrais enjeux économiques ne sont plus dans l’industrie au sens “ancien” du terme, la “belle vieille usine” qui faisait vivre tout le monde avec sa cité, son école, ses commerces, son équipe de football, de cyclisme, de boxe, son bal du samedi soir, tout ça c’est fini.

    Il faut vite passer à une autre histoire et c’est possible.

    Patrick ROBERT

  3. Jan 2012
    9
    7 h 14

    Là, Patrick, on voit des plans sociaux qui s’empilent, des boites qui mettent la clef sous la porte et laissent en plan usines et employés. Trop chers, pas assez rentables.
    Ce n’est pas à l’État d’ajouter à la dette pour réaliser les plans sociaux. ce ne sont pas les collectivités locales qui doivent nettoyer les sites, alors que les groupes qui se débarrassent de leurs sites sont bénéficiaires. Rappelons-nous Metaleurop. Il y a une responsabilité des personnes morales, autant que des personnes physiques.

    Les anglais ont choisi la finance, parce que c’est une île, entre autres. Ils ont aussi la culture du commerce international, et une pratique intensive de l’anglais.
    Ils ont choisi aussi d’investir le secteur de l’énergie renouvelable, parce que le nucléaire appartient déjà au passé. Même s’ils ne sortent pas, ou pas encore. Ils ont aussi le pétrole off-shore, dont les ressources déclinent, le charbon, le gaz. Ils ont le foot pour faire “oublier” le chômage. Leur métier c’est la finance, dont la ressource ne se tarit pas.

    Les hollandais, peuple maritime, ont la logistique portuaire, et le port de Rotterdam est une plate-forme continentale. De moindre importance, Anvers est le second port européen, et 1er port chimique. L’enjeu est stratégique donne aussi le la à l’industrie. La position est imprenable par le port du Havre, du fait de la position géographique du port, du réseau fluvial et du réseau routier, tous deux très développés et efficaces. Anvers est encore le port de Paris, même sir le trafic de Port 2000, celui des EVP, augmente. Anvers est toutefois plus efficace, et si le canal Seine-Nord vient un jour à être creusé, le sera plus encore.

    Mais nous ne pouvons pas faire entrer des conteneurs sans cesse si l’on n’a pas les moyens de les payer. L’Allemagne, qui reste très industrialisée, connaît un excédent commercial très important, quand la France, est en déficit commercial chronique.

    Nous sommes la première destination touristique du monde, nous sommes un géant dans le secteur du luxe, nous excellons dans la santé. Notre agriculture, soutenue par l’Europe, est un secteur prioritaire, mais souffre, et nous avons encore une grande industrie, mais que l’on délocalise à tours de bras. Nous avons l’énergie, mais nous nous bloquons dans le nucléaire, parce que nous maîtrisons la technologie, mais que n’arrivons pas ou très peu à vendre, quand on ne perd pas de l’argent à l’exporter. Nous délaissons, ou plutôt nous laissons aux autres, les filières énergétiques qui prendront le pas sur le charbon, le pétrole et l’atome. Quant à la pêche, l’état des ressources halieutiques n’est plus alarmant, il est catastrophique.

    Nous ne gagnerons pas les batailles économiques si nous refusons de voir nos points faibles et nos points forts, et surtout, si nous n’arrivons pas à voir ceux des pays voisins, d’abord, d’agir aussi en synergie avec l’Europe, et de faire évoluer notre société et notre économie.

    Le Havre est moins bien placé qu’Anvers et bien moins équipé que Rotterdam. Une simple visite du gigantesque port de Rotterdam donne le vertige.
    Nous ne gagnerons pas une guerre des banques et de la finance contre la City, et même si Axa est le premier assureur européen, les institutions bancaires françaises sont sous perfusion.

    Nus avons deux moyens de lutter contre notre déficit : produire et consommer plus localement et exporter plus. C’est un mix que nous devons réaliser.
    Hors, nous importons toujours autant, et nous exportons de moins en moins. Nous devons apprendre à être plus indépendants et à exporter des produits compétitifs dont veulent et voudront nos partenaires. Plus indépendants en matière énergétique ne veut pas dire aller acheter l’uranium au Kazakhstan, mais profiter de nos avantages géographiques et de notre niveau d’ingénierie pour devenir vraiment indépendants.

    Le secteur secondaire, c’est 10% de la population active, dis-tu. Comme le chômage. Et le taux d'”inactivité”, augmente.
    Nous devons rénover notre activité économique, nous devons le faire dans la modernité, c’est à dire écologiquement.
    Nous devons adapter notre infrastructure, nos réseaux, nos transports, ferrés, routiers, fluviaux, transports de données, d’énergie, au monde de demain, et non plus sur les projections et les ambitions d’il y a 20 ans. Sur des bases d’efficacité, et plus de prestige.

    Mais nous ne pouvons pas non plus devenir une grande plate-forme logistique, tournée vers nous-même.

    Je te réponds, dans la mesure de mes convictions et de ma maigre compréhension, mais je m’éloigne du sujet: Petroplus est-il oui ou non un plan pour se débarrasser de cette vieillissante activité, trop peu rentable pour les géants pétroliers ?

    Que peut-on faire ? Peut-on sauver les meubles ? Peut-on faire assumer la responsabilité à Shell, que ce soit pour une poursuite d’activité ou même pour l’issue d’un plan social assumé par la multinationale, et d’un plan de dépollution assumé par le pétrolier pour des décennies passées d’activité très rentable ? Est-ce à la collectivité d’assumer ceux-ci, alors que nous n’en n’avons plus les moyens ?

    “Shell que j’aime” pourrait tourner à la vilaine histoire d’amour, voire au crime passionnel.

    D’un tout autre ordre, pour M-Real, la conversion écologique et la reprise d’une activité rentable pourrait se faire, mais c’est la volonté du groupe de ne pas laisser se développer la concurrence qui contrecarre cette reprise.
    Les femmes et les hommes qui y travaillaient, on s’en moque.

    Et en cette période ou l’on vient faire la danse du ventre dans les entreprises, et je pense surtout à ceux qui ont aujourd’hui, et auront demain le pouvoir, pour assurer que l’Etat fera ci ou ça, il serait bien que l’Etat agisse pour obliger la vente, et permettre la reprise. Pas après les élections. Maintenant.

    Ou alors, que l’Etat et les candidats annoncent leur impuissance, qu’ils en expliquent les raisons, et qu’ils en assument les conséquences électorales. C’est toujours mieux que de mentir, et de détourner encore plus le peuple de la politique.

    nono

  4. Jan 2012
    10
    19 h 51

    Un bon reportage de F3 sur la visite d’Eva Joly à #Petroplus : http://bit.ly/w4DmYu
    #taxe européenne #Zoug #Shell

    Laetitia Sanchez

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