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Le hibou m’a dit…

« Il n’y a rien que les hommes aiment mieux à conserver et qu’ils ménagent moins que leur propre vie» nous disait Jean de La Bruyère.

Votre idée maîtresse d’école numérique peut paraître réjouissante mais il serait intéressant d’en étudier davantage les precepts pour être bien certain de comprendre « l’offre» sous toutes ses coutures et qui est autrement plus complexe que la simple fourniture d’un bon matériel avec son financement minoré derrière pour soigner les deniers de la trésorerie communale.

Vous avancez de façon éclair que « Les NTIC(1) sont une chance pour les petites communes rurales : elles aident au désenclavement, et participent à l’égalité des chances à l’école.»
D’abord cela sous-entend le principe d’accepter que les enfants qui évoluent régulièrement en milieu urbanisé soient donc amenés à vivre plus sereinement et plus avantageusement que ceux appartenant au monde rural et ce à notre époque, en juin 2009, sachant que nous parlons par ailleurs de la région Haute-Normandie et non du Sahel ou des fins fonds de la Namibie ?
Cela mériterait je pense, avant-tout un vrai débat de fond sur votre blog pour être validé.

Sur ce point si depuis 50 ans les certitudes des traditions rurales cèdent le pas à la vie urbaine pour une partie de la population avec ses chances et ses risques, ses libertés individuelles, ses formes de pollutions, d’attaques virales, de délinquance, ses exigences sociales plus complexes et ses cadres de soutien certes plus diversifiés, simultanément l’on assiste à la création d’une immense culture juvénile, de nature urbaine, servant de point de repère aux jeunes dans la définition de leur identité, qui remet souvent en question les rôles qui leur sont attribués chez eux, sur les bancs de l’école et au travail et je ne suis pas tout à fait sûr de pouvoir vous dire qui dans le lot connait un « désenclavement» avantageux. D’ailleurs l’on parle souvent de désenclavement à mauvais essient puisque sa notion est liée à celle d’un ordre économique régional et non écologique ou d’idéal quelconque.

Ensuite vous nous décrivez ce qu’est une classe numérique mobile (momenclature du matériel) et en gros sans explicitement le dire de façon claire et bien établie vous proposez une nouvelle forme d’enseignement en cycle primaire. Gestion relativement simple pour les enseignements qui du coup peuvent davantage s’impliquer auprès des enfants dans l’usage de contenus numériques à des fins pédagogiques. A notre époque cela parait évident et qui ne voudrait pas offrir cela à son enfant, pour qu’il puisse apprendre plus vite -comme en ville..?

Pour ma part et comme je vous le disais au début votre idée maîtresse peut paraître réjouissante.
Mais alors qu’il y a t-il donc d’inquiétant me direz-vous ?
Je pense qu’il y a deux choses essentielles.

A- La question de la santé des enfants face aux problèmes des hyper fréquences que cause directement un réseau répondant à la norme 802.11 (autrement appellé pour des raisons marketing Wi-Fi).
Vous devez certainement connaître le rapport BIOINITIATIVE validé et soutenu par la haute autorité européenne qu’est l’Agence Européenne de l’Environnement. Celle-ci est formelle et demande aux pays membres de l’Union européenne de prendre des mesures pour protéger la population des risques de l’électrosmog notamment crée par le Wi-Fi. Qu’est-ce que vous propose M. Darcos sur ces questions exactement ? Absolument rien et cela pourrait nous interroger comme lorsque l’Etat laisser filer les questions de la toxicité de l’amiante il y a quelques décennies et les répercussions dramatiques qui s’en suivirent.
Le rapport Bioinitiative a également été validé par le Parlement Européen dans une Résolution votée le 4 Septembre 2008 qui, « vivement interpellé» par ce rapport et considérant entre autres l’hypersensibilité aux rayonnements électromagnétiques, recommande une nette révision à la baisse les normes d’exposition, qualifiées d’obsolètes.

Le Wi-Fi a sa toxicité propre et présente des dangers établis par les plus grandes sommités scientifiques de la branche concernée: la BIOELECTROMAGNETICS SOCIETY qui a opéré sur 1500 analyses différentes en toute indépendance financière et scientifique. Pour eux IL N’Y A PLUS DEBAT sur les résultats.
1) des preuves ont été faites que les documents et chiffres officiels censés garantir une protection n’en assurent aucune.
2) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM provoque des effets sur les gènes et sur l’expression des protéines.
3) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM provoque des altérations non réparables de l’ADN.
4) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM déclenche des processus de mise en oeuvre des protéines de stress.
5) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM provoque des perturbations de fonctionnement du système immunitaire.
6) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM provoque des perturbations de fonctionnement du système nerveux qui ont pour conséquences des troubles du comportement. Cet article traite également du fait que ces émissions provoquent une importante perte d’étanchéité de la barrière sang-cerveau au niveau des vaisseaux irrigant le cerveau.
7) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM déclenche des processus de développement de tumeurs du cerveau et de neurinomes acoustiques.
8) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM déclenche des processus de développement de cancers enfantins du type leucémie.
9) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM perturbe le taux de production de la mélatonine et déclenche des processus de développement de la maladie d’ALZHEIMER et de cancers du sein.
10) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM déclenche des processus de développement de cancers du sein.
11) il est prouvé que l’exposition du vivant à des émissions TTM provoque des perturbations dans la régulation des échanges cellulaires au niveau des canaux ioniques des membranes. Et donc, une perturbation de l’ensemble des fonctions vitales au niveau physiologique élémentaire, celui de la cellule.

Alors toujours envie d’utiliser le Wi-Fi à l’école ?
Franchement je ne suis pas partant.

(En raison de la confirmation définitive de la toxicité, par PREUVES SCIENTIFIQUES, qui résulte de ce document, nous demandons d’en assurer la diffusion maximale et en particulier en l’adressant à tous les organismes publics de votre connaissance, en commençant par les maires et sans oublier les magistrats des divers tribunaux de votre voisinage.
Téléchargez le rapport : http://www.bioinitiative.org/press_release/index.htm).

B- Le deuxième problème qui se pose « plus naturellement» cette fois, c’est celui du contenu de l’offre.
Que proposez-vous d’enseigner et pourquoi ?
– un cours spécifique dédié à l’éducation aux médias ?
– un peu d’éducation aux médias distillée dans chaque matière, sous la forme d’un quota d’heures ?
– une obligation d’utiliser les nouveaux médias comme support des cours d’éducation civique ?
– une obligation de dispenser un référenciel sur l’histoire de la communication ?
En ce sens allez-vous suivre la formation du CLEMI et bénéficier d’une compétence médiatique (medialiteracy) car pour l’heure justement on ne sait pas si les professeurs font vraiment de l’éducation aux médias. Aucun chiffre, aucune donnée n’existe sur la question. Comment faire pour que les élèves puissent développer une analyse critique de l’image et de l’information diffusée sur Internet ? Il faut d’abord se débarrasser de l’idée que l’éducation aux médias est la même chose que d’apprendre à se servir des nouvelles technologies !
Eduquer aux nouveaux médias, c’est apprendre aux enfants à prendre une distance critique par rapport aux informations diffusées sur le média qui leur sera le plus familier : Internet.

A mon sens un cours spécifique dédié à l’éducation aux médias me semble impératif. Ils faut instruire la jeunesse des effets pervers de l’internet et de ses dérives. Et in arcadia ego : vers une culture de l’ information et de la communication.

Ici une piste pour commencer à s’intéresser aux contenus dans un univers francophone assez large :
http://apprendre2point0.ning.com/

nono

déjà 5 commentaires pour cet article

  1. Juin 2009
    24
    20 h 34

    @le hibou
    Bonjour le hibou.
    Vos points de vues sont très intéressants. Ils méritent réponses.
    L’offre de classe mobile participe-t-elle ou non au désenclavement d’une commune rurale ?
    Oui, de mon point de vue, non pas que nous soyons des ploucs (pas plus d’ailleurs que pour les enfants du Sahel ou du fin fond de la Namibie)… Même si nous sommes une commune française, donc occidentale, donc riche, les richesses sont diversement partagées dans notre belle communauté nationale. Ici, les équipes pédagogiques se battent pour pouvoir accéder à un peu de matériel. Les projets ont toujours achoppé dans nos écoles pour cause purement financière. Pas de matériel audio, vidéo, et pas de matériel multimédia à disposition des élèves. Nos enfants et nous-mêmes avons la chance de vivre dans un environnement moins industrialisé qu’en ville (je dis moins parce qu’on a nos usines, agriculteurs, routes – petites et pourtant très encombrées – etc).
    Et j’en suis désolé, mais les petites communes rurales vivent aussi dans la disparité des richesses, il n’y pas qu’une disparité ville-campagne. Déjà que d’une rue à l’autre…
    Oui la ruralité cède de plus en plus le pas à une banlieusardisation (oula, c’est moche ce mot). On vit à la campagne mais on travaille en ville. C’est peut-être dommage, mais on ne travaille plus aux champs comme dans les années 50. Et on importe tout les méfaits de la globalisation nationale, en nous faisant passer pour des communautés péri-urbaines, plus loin, moins chères donc, car un peu plus coûteuses en énergie. Nous sommes gavés de connaissances comme d’imbécilités. On capte aussi TF1 d’où l’on est :) Et nous avons aussi des bibliothèques (jamais assez fournies), nous écoutons et faisons la musique, on filme et on monte, et des cinémas de proximité nous permettent de… oui il y a encore des bons films.

    Notre identité, on la trouve à la fois dans l’éloignement comme dans l’appartenance. Nous sommes ruraux, dans notre région, à proximité des villes, en France comme en Europe et le regard porté sur le monde. Nous en sommes aussi responsables.

    Nous manquons de transports en commun ! Je veux bien que les gens viennent chez nous, et qu’on aille chez eux. On a la chance d’avoir une gare… qui a fermé l’an dernier !

    Nous voulons échanger, partager les expériences, nous ouvrir aux autres pour acquérir (ou pas) leurs valeurs, et pourquoi pas, partager les nôtres.

    Dans nos petites communes, ce partage passe par la communication. Et les NTIC ne remplacent pas la communication épistolaire ou orale. Comme un ordinateur ne remplace pas un livre, ou une émission télévisée, si intéressante soit-elle, l’enseignement d’un instituteur.
    Connais-toi toi même. Mais, même si nous ne sommes pas arrivés au bout de ce cheminement, apprenons aussi à connaître les autres. Ils nous aideront peut-être à mieux comprendre.

    Lorsque vous me parlez de nouvel ordre économique régional, je pense moi à la chance pour nous de pouvoir offrir l’accès à tous à ces technologies (chères) de partage et d’apprentissage. Sous l’oeil du maître ! Car au lieu du bordel technologique grandissant, les maîtres (les instits) sont là pour relativiser la place de la techno dans l’enseignement, et aussi d’éviter beaucoup d’ornières lorsqu’on traite cette masse non vérifiée, non hiérarchisée, d’informations.
    Ce n’est pas facile d’avoir confiance en quelqu’un pour décrypter l’information. Le maître référent est là pour ça.
    quant à ce qui est de ma description de l’offre de classe mobile : C’est un peu un liste à la Prévert, et je m’en excuse. Il s’agissait aussi de convaincre (je sais : pas vous) les acteurs locaux de la pertinence d’un choix par rapport à un autre. Nous avons bâti ce choix en fonction des enfants : nous avons essayé de choisir le meilleur matériel possible, le plus adapté à l’enfant, et le plus durable aussi.

    Mais ce n’est pas le matériel qui fera la qualité de la pédagogie ! Vous parlez de développer l’esprit critique, d’analyse de l’image, de choix d’informations. Mais pour apprendre à décrypter, le minimum reste encore d’y avoir accès. Et d’avoir un référent qui nous apprend à en évaluer la qualité, la qualification, et au minimum d’en douter. Choses que ne permet pas la TV pourtant omniprésente dans des foyers habitués à son monologue.

    Je ferai part à notre équipe pédagogique de vos doutes et de vos réticences, et j’espère qu’ils auront le temps de traiter votre commentaire. Je n’ai traité que les partie com et techniques de ce dossier, mais je ne serai pas l’enseignant, je ne suis que parent d’élèves.

    Mais je sais que pour les enseignants, papier, craie, oralité font aussi partie du multimédia. Visiter le japon sur google earth ne saurait en aucun cas remplacer une visite des coteaux crayeux de la Seine, qui se fera, elle, à pied.
    Le journal de l’école continuera à sortie en version papier, que nous lirons pour notre plus grand plaisir, et s’il se faisait sur un ordinateur, les enseignants auront les moyens de mieux répartir le travail.
    La classe mobile va changer les méthodes de travail, j’en suis sûr, mais il ne s’agit pas de transformer les enfants en cyber-élèves. Rappelons-le : il s’agit de 8 postes, pour 90 élèves.

    Je vais aller suivre vos liens, merci.

    nono

  2. Juin 2009
    24
    20 h 37

    Bonjour nono et merci de votre réponse partielle qui en appelle une autre^^. Concernant la « disparité des richesses» si sur la forme je suis plutôt d’accord avec vous, je le suis beaucoup moins sur le fond. Pourquoi cela ? Parce qu’à mon sens il faudrait identifier plus clairement la nature des richesses qui doivent rentrer en ligne de mire dans ce débat, d’où la pluralité de mes interrogations sur les modalités et le contenu pédagogique de l’école numérique à Saint-Pierre du Vauvray.
    Je pense précisément que le monde rural comporte des richesses qui peuvent promettre l’espoir par ailleurs perdu de grands pôles urbanisés et ce dans de très nombreux domaines. Et en effet la réalité vécue dans les campagnes françaises ne correspond plus guère au tableau que l’on en peint encore si souvent. Ni arriéré ou « plouc» pour vous reprendre, ni idyllique, après quarante ans de transformations accélérées, le monde rural est parfaitement intégré au reste de la société.
    Même dans ses zones marginales, la campagne est aujourd’hui complètement intégrée au système économique, social et culturel national : donc aussi au système européen et mondial. D’ailleurs le monde rural subit de plein fouet les conséquences de la crise structurelle dans laquelle le monde occidental est installé et est nécessairement victime des processus de concentration et de délocalisation qui contrarient le développement de l’économie régionale.
    De la même manière que nos ancêtres au début du XXème siècle, je m’autorise à penser que nous vivons une période de grande mutation sans bénéficier du recul nécessaire pour pouvoir pleinement mesurer l’étendue des conséquences de nos choix de société et que la nature de l’homme du XXIème siècle à tendance à rechercher arbitrairement des solutions adaptées à tout, dans une grande forme d’empressement très éloignée des conseils de civilisation d’une Athéna ou d’un code du Parthénon.
    Aussi j’en profite au passage pour vous remercier de votre blog qui ne sous-estime visiblement pas la responsabilité de notre « regard porté sur le monde» et qui offre un nouveau dialogue dans notre commune. Lorsque l’on a fait plusieurs fois le tour du monde et vécu à l’étranger certes l’on pose un autre regard sur tout ce qui touche la communication et ce quels que soient les outils, numériques ou autres. La communication a de tout temps été une arme de civilisation et je me souviens encore de ces émissions audiovisuelles japonaises presque incontournables sur l’ensemble des chaines de télévision sud-coréennes en 1975. Pour revenir à nos moutons vous me dites donc que ce n’est pas le matériel qui fait la pédagogie et que l’ordinateur ne remplace pas l’enseignement d’un instituteur. Je vous demande pour combien de temps ?
    1)Tout environnement informatique créé un format pédagogique et amène donc à conduire une pensée informatique. La question de l’existence d’une pensée informatique n’est pas une question de fait, c’est une question de sens. En examinant le mode de constitution de la pensée informatique, c’est-à-dire d’une discipline avant tout affectée à décrire des objets et des fonctions en termes de calcul, nous cherchons à élucider le schème à la fois théorique et pratique de la relation qu’elle détermine entre nous-mêmes et notre monde.
    Il n’est effectivement pas possible de restreindre l’analyse de la pensée informatique aux circonstances technico-épistémiques de son développement. Car son développement n’est pas simplement scientifique, il est dans le sens le plus large et indéterminé du terme « humain» . L’informatique — et par conséquent ses modes de pensée — concerne la « vie », elle affecte les gestes les plus ordinaires de notre quotidien, de nos activités sociales aussi bien que de nos activités intellectuelles supposées les plus spirituelles, et nous impose par conséquent d’essayer de comprendre comment elle les traverse ou les crible. C’est donc plus qu’une nouvelle méthode d’enseignement qui est derrière la création de cette école numérique. Utilisant moi-même des ordinateurs depuis 1979 (Olivetti pour ne pas les citer), je veux dire ici que l’on peut rompre avec une logique de l’aliénation qui voudrait que nous soyons comme accablés par un « destin technologique» sur lequel nous n’aurions désormais plus aucune prise mais avec beaucoup de circonspection. Que la pensée informatique étende son schème intellectuel sur notre réalité n’implique pas que nous en soyons comme des victimes aveuglées par l’illusion de la puissance informationnelle lorsque l’on est adulte, mais pour des enfants la question se pose sérieusement. De l’«emprise» à la «reprise», il y a certainement un chemin d’élucidation, et je sais qu’il peut paraître saugrenu de se poser la question de savoir s’il y a une pensée de l’informatique. Premièrement parce qu’en tant que discipline de programmation, l’informatique produit des outils logiciels qui contribuent non seulement à la réalisation de tâches extrêmement variées, mais à la reconfiguration également de ces tâches et de nos possibilités créatrices, professionnelles, ludiques, entrepreneuriales, intellectuelles. À ce titre un logiciel n’est pas seulement un outil mais également une méthode de travail, et une structure formelle et intellectuelle dans les exigences de laquelle s’insèrent nos propres finalités. C’est pourquoi deuxièmement la pensée informatique ne doit pas être considérée comme une simple discipline applicative, au sens d’une technique du calcul asservie à des finalités dont les principes lui demeureraient étrangers, mais comme une discipline intéressée par ses propres possibilités, et notamment par les limites mêmes de la calculabilité — limites de la réductibilité opératoire des objets ou des fonctions qu’elle formalise. Mais à l’évidence le trait spécifique de la pensée informatique consiste bien dans la réduction informationnelle de la fonction «penser», c’est-à-dire à décrire des objets et les fonctions qui leur peuvent être associées pour obtenir tel résultat escompté. La proposition : «il y a une pensée informatique» n’a pourtant pas le même statut que la proposition : «il y a du sucre dans le café». Car nous n’y faisons pas simplement un constat d’existence, ou pour mieux dire le constat d’existence que nous faisons ne vaut pas tant par le simple «il y a» de l’expérience immédiate, que par les implications qu’il emporte. En disant en effet qu’«il y a une pensée informatique», et mieux encore une spécificité de cette pensée informatique, nous postulons une réductibilité des opérations langagières à une suite d’informations et d’instructions, ou bien mettons précisément en balance une langue naturelle lourde de ses inconséquences et de ses ambiguïtés avec un langage informatique parfaitement opératoire, et qui pourrait tenir lieu de modèle pour une pensée réduite à de transparentes fonctions informationnelles.
    Donc voyez-vous nos enfants pourraient ne pas vouloir chercher à négocier cette phase de recul même avec le concours d’un maître référent et vivre le plaisir de ne plus avoir à penser précisément autrement que dans un environnement ludique et accommodant pour eux Dans ce registre purement culturel, je vous invite à parcourir (si vous en avez le temps^^) un travail déjà relativement ancien du philosophe américain Michael Heim qui, dans Electric Language, thématise la question de l’écriture assistée par ordinateur. Le noyau de l’argument de M. Heim consiste dans l’examen de la « puissance transformative » de l’écriture, dont la mutation technologique contemporaine exerce un impact considérable non tant sur la « productivité » du geste de l’écriture, que sur les schèmes logiques de la pensée qu’elle mobilise. Loin de les optimiser, la temporalité spécifique de l’écriture assistée par ordinateur a pour effet d’obscurcir les processus réflexifs et cognitifs de la pensée en réduisant ses contraintes à celles d’une gestion du sens, non de son élucidation.
    2) Je vous cite « l’ordinateur ne remplace pas l’instituteur» . Si, il le fait de plus en plus malheureusement (séminaires en ligne, webinars, etc) et de plus il remplace aussi un processus de dialogue entre l’enfant et ses parents. Savez-vous combien d’ados s’étendent sur leur problèmes dans des chat rooms et évite ainsi tout dialogue parental sur des questions essentielles ? Ne jubilons pas ainsi trop vite du Web 2.0 et là aussi je vous invite à découvrir McKenzie Wark qui est l’auteur de Un Manifeste Hacker, ouvrage dans lequel il s’efforce de décrire la façon dont les développements technologiques contemporains sont l’ultime avatar d’une emprise sur le monde humain d’allure techniciste et utilitariste, par conséquent bien idéologique, du fait ce qu’il appelle une «classe vectorale» — caractérisée par l’effort exclusif qu’elle mobilise en vue d’une réduction globalement téléologique, mais principalement marchande, des choses, des hommes, voire du «désir» comme cette société de télé-réalité que nos enfants subissent au quotidien aujourd’hui jusque dans le « monologue» de TF1 que nous recevons effectivement bien à Saint-Pierre du Vauvray.

    La pensée informatique est une pensée d’extension universelle, que trahit son emprise sur les différents espaces de la vie individuelle et sociale. «Emprise» signifie principalement que la vision informatique, informationnelle et efficacéiste du monde est pour ainsi dire une vision «devenue-naruelle» du monde, ou encore que c’en est une vision totalisante. Disons prosaïquement, et dans une perspective relativement limitée: «L’Internet sera commercial ou sera culturel» — ce qui signifie en vérité : «L’Internet sera commercial ou ne sera pas»! Or notre choix théorique peut également être celui b) de considérer que la concurrence des visions du monde qu’engage la pensée informatique est proprement antinomique, et qu’il n’y a par conséquent pas de solution univoque mais une solution critique à l’alternative de l’«emprise» et de la «reprise». Le mode d’existence de cette pensée numérique, retournée sur elle-même, d’un seul mouvement dépropriante et appropriante, redondante ou contradictoire, tout à la fois tentée par le «vectoralisme» et ouverte sur le «hack», et celui de la dualité et de la duplicité, de l’infini des inventions et des espérances.
    Comme vous voyez, la question des libertés numériques est en effet une question complexe et ouverte.

    Le hibou

    le hibou

  3. Juin 2009
    24
    20 h 39

    Oups! Un dernier petit mot de l’usage du journal de l’école. Si l’occasion se présente un jour c’est notamment celle de diminuer les impressions papier à hauteur d’une audience adéquate pour défendre l’usage plus écologique de versions électroniques sous format Adobe ou autres et également de faire participer les élèves à son élaboration.

    De même concernant la source d’énergie en vue d’alimenter ces ordinateurs, un régulateur adapté avec un accu-solaire feraient l’affaire et produiraient d’ailleurs plus d’électricité que l’école numérique en aurait de besoin. (un exemple: http://www.wagner-solar.com/wagnerFR/SS/04/index.php?navid=78)
    Le hibou

    le hibou

  4. Juin 2009
    24
    20 h 40

    Bonjour le hibou,
    L’espoir dont vous parlez pour le monde rural, si intégré, voire emboîté dans les pôles urbains ou les mégapoles, ne peut se concevoir que par les liens qui se développent entre toutes les zones de peuplement.
    Les campagnes ont vécu le remembrement, les villes ont continué de croître autour de leurs centres historiques en spécialisant chaque strate, de façon pragmatique, en s’adaptant à une logique économique. Les ghettos sont devenue banlieues, coincées entre les centres industriels qui jouxtaient les villes, et les plates-formes logistiques. Puis les pôles industriels s’exportant pour raisons économiques, les banlieues se sont retrouvées de nouveau ghettoïsées, les anciennes entreprises industrielles sont devenues les plates-formes logistiques, plus adaptées au commerce. Les banlieues ont perdu leur laque de modernisme, le béton a perdu sa couleur, et la sécurité et le confort n’a duré que le temps d’une promesse. Les zones rurales sont devenues des petits paradis, où tout a pu arriver : électricité, télévision, téléphone, internet haut-débit, avec la promesse de la tranquillité dans son coin de jardin. La culture rurbaine a fait son apparition, et grâce au progrès des transports particuliers, il est devenu facile de rejoindre son paradis le soir, avec l’assurance que demain on pourrait rejoindre la ville, aujourd’hui en auto et bientôt en voiture volante ?
    Mais là encore les utopies se sont cassées le nez. Les voitures au lieu de voler, se sont trouvées agglutinées dans les bouchons, le prix de l’énergie s’envole… et étonnamment en ces temps de réchauffement climatiques, les projets de transports en communs – tram-trains si pratiques pour relier villes et campagnes, navettes, maillage – restent congelés.
    Au grand dam de ceux qui travaillent en ville, mais au grand soulagement de ceux qui veulent conserver leur tranquillité, et ne veulent pas voir ces hordes barbares, si effrayantes sur l’écran 107 cm à 20h20, débarquer dans les rues du village.
    On a fabriqué les villes, les banlieues, les villes dortoirs et aussi bourgs et village dans une logique productiviste. Cette logique a isolé les populations à l’heure du tout communiquant.
    Quel espoir pour les campagnes ?
    D’abord le regroupement. notre vocation à Saint-Pierre du Vauvray est de faire partie d’un pôle de communes, qui comprend Saint-Pierre, Andé et Saint-Etienne du Vauvray. Chaque village a ses attraits, ses avantages, et la mise en communs des moyens comme le partage des compétences permettra dans l’avenir de proposer plus d’activités, notamment pour les jeunes qui s’ennuient.
    Les intercommunalités ensuite sont une vraie valeur ajoutée. On y pratique cette mise en commun des moyens et des compétences à une échelle beaucoup plus large. Et là ça marche.
    Collecte, tri, transports en commun et transport scolaires, développement durable, voirie, habitat, commerce, environnement, tourisme, les intercommunalités ont réalisé un véritable défi, et s’attaque à tous les écueils que rencontrent les communes. Elles jouent un rôles de médiation entre les communes, et réussissent à offrir un mieux-vivre pour les habitants.
    Au-delà de l’intercommunalité, il s’agit bien dans l’avenir de faire un pont entre la ville et la campagne. Pour le tourisme, et surtout pour permettre aux habitants de profiter des attraits des villes : accès au travail, aux universités, aux centres culturels, musées, commerces…
    Le tout-voiture, s’il fonctionne encore, coûte de plus en plus cher, prend de plus en plus de temps, et est pour les habitants qui l’utilisent au quotidien un mal-vivre. Les projets routiers pharaoniques proposés pour écouler ces flux de véhicules sont des gouffres financiers, et des attentats contre l’environnement.
    Mais d’autres solutions pointent le bout de leur nez : un projet, très discuté, de tram-train qui permettrait de relier Rouen à Evreux, en passant par Val-de-Reuil et Saint-Pierre du Vauvray, permettrait aux habitants de rallier le centre ville de Rouen en 1/2 heure, ce qui est impensable en voiture. D’un côté on ouvre la campagne à un tourisme de proximité, de l’autre les habitants de zones rurbaines pourraient avoir accès à tous les services proposés par les villes. Les opposants sont là les propriétaires des maisons à proximité des voies, qui craignent la dévalorisation de leur biens. Avec un maillage de transports pour rejoindre ce tram-train, c’est toute la zone qui bénéficie de la couverture en transport en commun, pratique, économique, rapide et confortable.
    L’autre chance que nous avons, c’est bien sûr la couverture ADSL, à haut débit…
    Et j’en reviens à vos moutons.

    Bien sûr ce n’est pas le matériel qui fait la pédagogie, mais la pédagogie qui utilise les instruments à sa disposition. L’ordinateur ne remplace pas l’instituteur, et c’est avec inquiétude que je vois les journalistes saluer la performance d’un robot qui est sensé se substituer à l’enseignant au Japon.
    Vous vous posez la question du temps que durera la prééminence de l’enseignant dans l’éducation ? La tentation est grande pour l’Etat et les collectivités de spécialiser le métier d’enseignant. On ne croise plus d’instituteurs, mais on rencontre des professeurs des écoles. La dénomination me dérange un peu, car c’est retirer à l’instituteur son caractère de “notable”, et une tentative de mieux intégrer les enseignants dans la grande machine étatique, de leur retirer leur autonomie, et peut-être égratigner le respect naturel de la population à leur égard en les confondant à l’administration. J’imagine la tête du médecin, lorsque, au lieu de lui dire “bonjour Docteur”, on lui adresserait un “bonjour monsieur le technicien de santé…”

    Mais pour l’instant, les enseignants ont très à coeur leur mission, et je ne crois pas qu’ils soient prêts à désanctuariser l’Ecole Publique. Cela me rassure quand les plus grands appellent encore leur instituteur maître ou maîtresse, avec respect.
    Je ne crois pas non plus qu’ils sont prêts à laisser la place à des machines. Les QCM ont déjà du mal à percer.
    L’informatique créée-t-elle un format pédagogique ? Y a-t-il une pensée informatique ?
    Il est vrai que l’informatique, et surtout les interfaces hommes-machines, ont créé des codes. Les développeurs utilisent ces codes pour que l’utilisateur puisse prendre en main le plus simplement et le plus rapidement possible. L’utilisateur est invité à se poser des questions sur le contenu, et non sur l’outil lui-même.
    De même je ne dirais pas qu’utiliser un code de la route conduit à une pensée routière, je ne crois pas qu’on pense “informatique”.
    Si on peut voir des “formats” dans l’utilisation des logiciels, cela est dû plus sûrement à la tentation de l’imitation que nous avons naturellement. C’est vrai pour le logiciel, comme cela l’est pour les relations sociales ou les comportements. Mais c’est vrai aussi pour les manières que nous avons de façonner notre environnement. Nous rencontrons rarement des maisons rondes en France. Nos choix sont guidés par notre culture, et notre volonté de nous faire accepter pas la société. Des codes toujours…
    D’une culture à l’autre, les codes changent un peu parfois (couleurs, goûts, odeurs), et parfois plus radicalement d’une société à l’autre. Mais on obéit, consciemment ou inconsciemment à des codes.
    En matière de logiciel, et d’utilisation du logiciel, nous devons apprendre à décrypter le contenu, et connaître les commandes afin de ne pas être limité par un simple manque de technique dans ses réalisations. Décrypter le contenu n’est pas simple aujourd’hui, maintenant que nous sommes envahis d’images, de sons, d’écrits…

    Le rôle de l’instituteur est de guider l’élève vers la réalisation de son objectif (d’abord peut-être se construire et s’outiller pour bien conduire sa vie ?). L’apprentissage sert à d’abord à comprendre ce qu’il faut faire, en apprendre le fonctionnement, souvent par des exercices de plus en plus complexes, définir ce que l’on veut construire, et de donner les moyens à l’élève de pouvoir réussir ses réalisations. C’est vrai pour les maths, les langues, et pour ceux qui veulent apprendre les techniques de l’informatique, les langages ou les méthodes.
    Mais apprendre l’informatique n’est pas l’objectif en primaire.
    Si l’un des objectifs de l’école est de réussir le B2I, le but essentiel est d’ajouter un instrument à la palette de l’élève. De ne pas limiter l’élève aux seules limitations logicielles ou matérielles. Mais d’utiliser les logiciels et les matériels comme simple supports, et instruments.

    Et pour revenir au débat que vous avez ouvert plus haut, les NTIC vont permettre de relier les écoles et les classes. D’une école à l’autre, d’une région à l’autre, les élèves auront les moyens d’échanger, de partager leurs expériences. S’agit-il de désenclaver les écoles ? Ou plus simplement d’enrichir les élèves au contact des autres ?

    Lorsque vous vous posez la question des libertés numériques, je prends le parti de croire que la connaissance rend plus libre que l’ignorance. Mais je crois que vous partagerez mon avis sur la vigilance, le questionnement et surtout l’accompagnement. L’apprentissage incontrôlé de cet outil peut-être néfaste.
    Aussi, il est important que les équipes pédagogiques en enseignent l’usage à leurs élèves.

    Juste concernant votre petit mot sur le journal de l’école : les impressions sont faites à hauteur de l’audience. Il est très important qu’en ces temps de dématérialisation, les élèves aient encore un contact tactile avec le papier. Que ce soit pour l’instant pour les livres, les journaux ou les cahiers quand on apprend simplement à écrire, ces technologies un peu primitives offrent toutefois un écran ultra-haute-résolution, une autonomie étonnante, pour une consommation très faible. Et qui sait si dans 20 ou 30 ans, au détour d’une malle, un des enfants ne retrouvera pas une émotion intacte de son enfance en relisant SON journal…

    Je précise que je réponds à vos questions, mais que je n’ai aucune compétence en matière de pédagogie. Je laisse ces compétences aux enseignants qui en ont à la fois l’expérience et la formation. Ce n’est que mon avis de petit scarabée, parents d’enfants charmants, qui a aimé l’école pour lui, et qui l’aime pour ses enfants.

    nono

  5. Juin 2009
    25
    9 h 28

    Bonjour et merci de vos remarques très diverses et pertinentes. Je n’ai pas parfaitement compris ce qui opposait véritablement le développement du transport public et les propriétaires fonciers (à moins qu’il ne faille préempter leurs biens ?).
    Nous avons beaucoup de chance de vous avoir comme parent d’élève.

    Le hibou

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