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La crise laitière, une vision économique dépassée

Les producteurs laitiers viennent de suspendre leur mouvement de grève.
Quelques explications sont nécessaires pour comprendre le raz-le-bol justifié de cette profession.

Depuis des mois, le prix du lait payé aux éleveurs laitiers est parti dans une spirale infernale à la baisse qui les enfoncent dans des situations financières insupportables.

Après quelques mois d’augmentation des prix en 2007, l’augmentation inutile des volumes livrés en France et en Europe, et de la production dans d’autres grands bassins laitiers mondiaux (Nouvelle-Zélande entre autres), fait chuter drastiquement le prix payé aux producteurs. Les excédents de produits “industriels” – beurre et poudre de lait – ont de nouveau encombré les marchés.

Le niveau de paiement actuel se situe largement en dessous des coûts de production (le prix d’achat est au niveau de 2006) . Les productrices et producteurs de lait ne peuvent faire face aux charges d’exploitation (hausse du prix de l’énergie, le coût de l’alimentation pour le bétail, mise aux normes environnementales,…), pas plus qu’à leur propre rémunération. Devant nombre d’entre eux, se profile la faillite possible et, à terme, un abandon du métier. C’est déjà le cas pour certains, il faut éviter que cela se généralise. Cela se traduira par une dévalorisation de nos paysages, une dégradation économique et sociale, et une baisse de la qualité des produits laitiers.

C’est dans ce contexte que l’Union Européenne – Commission et Conseil conjointement – a confirmé une augmentation des volumes produits de 5% d’ici à 2013, pour répondre à une prétendue hausse de la demande européenne et mondiale. Pour aboutir à terme à l’abandon des quotas pour 2015, avec un crash atterrissage en douceur pour les paysans.
Mais la réalité est toute autre : depuis 4 ans les quotas Français n’ont pas été atteints.
Cette décision ne fera que favoriser la délocalisation des filières agroalimentaires vers les pays où la production sera surabondante, et le coût social faible.

Tout démontre aujourd’hui qu’il faut continuer à maîtriser les volumes produits entre pays et entre producteurs, avec une attention particulière pour les petits et moyens producteurs de lait. En aucun cas, le marché seul ne pourra réguler.
Au contraire, il accentuera la concurrence sauvage sur le terrain et les “licenciements” de fait des paysannes et des paysans avec les conséquences néfastes tant sur le plan social qu’environnemental.

Bruno Lemaire, Ministre de l’agriculture, n’est pas à une contradiction près, et semble s’en satisfaire de cet état de fait.
On ne peut communiquer sur la régulation et, lorsqu’on est au responsabilités, se laisser aller au libéralisme sauvage.

Une autre ficelle, que la Commission va renforcer : les aides à l’exportation pour le beurre et la poudre, qui font fi des conséquences pour les agricultures des pays du Sud et des problèmes d’émigration que cela induit .

On peut en faire ces conclusions simples et ces quelques propositions :

  • Aujourd’hui Il n’y a pas trop de producteurs de lait, mais trop de lait dans certaines cuves.
    l’Union Européenne doit produire moins de lait et mieux.
  • Il faut baisser le quota de manière différenciée entre producteurs
  • Il faut adapter les modes de production vers une production moins intensive : la diminution de notre dépendance en soja importé et l’utilisation de fourrages et protéines végétales locales est un impératif vis-à-vis du climat, de l’énergie, de la biodiversité.
Jérôme Bourlet

déjà 2 commentaires pour cet article

  1. Oct 2009
    7
    21 h 38

    Devant le refus de la commission européenne de négocier nous ne pouvons que soutenir les demandes de l’association indépendante de producteurs de lait car la crise laitière revêt des aspects sociaux, économiques et environnementaux très préoccupants. Alors que le prix d’achat aux agriculteurs arrêté au Journal officiel est de 240 euros par tonne de lait, il faudrait aujourd’hui un prix de 400 euros/ la tonne pour rémunérer les producteurs au SMIC horaire. Ce niveau de prix permettrait
    tout juste de rémunérer les producteurs sans leur donner la possibilité de s’adapter aux défis environnementaux,favorisant une agriculture de proximité et de qualité.

    A titre de réponse à court terme, la demande de l’Apli d’un prêt accordé aux agriculteurs afin qu’ils puissent passer le cap de la fin de l’année est la meilleur. Cette crise de la production laitière affecte les 87 000 exploitations laitières françaises, et 60% d’entre elles sont actuellement en grande difficulté. En attendant une modification du système de subventions et le relèvement du prix de la tonne de lait, un prêt conditionné de 15 000 euros versé directement aux producteurs est la meilleure solution pour faire face à leurs coûts fixes dans les semaines qui viennent.

    jérôme

  2. Oct 2009
    17
    4 h 38

    Ce dossier est sur la table de chaque gouvernement depuis maintenant près de 30 ans. Pourquoi le souligner ? Parce que pour mettre en place la contractualisation entre les acteurs de la filière afin de tenter d’empêcher la continuité d’un appauvrissement économique et sociétal de celle-ci, entre deux l’Europe aura connu bien des heures difficiles… Dans le marché commun, il n’est pas concevable que des spéculateurs fixent les prix; ce sont les acteurs même de la filière qui doivent s’activer pour stabiliser les prix et le volume. Et c’est justement l’Union qui doit fournir le cadre et les moyens adéquats pour rendre cette contractualisation possible et équilibrée entre tous les acteurs. Le dossier n’est absolument pas “franco-français”. Aujourd’hui l’on constate que les vingt font des mesures concrètes à la Commission pour avancer sur la voie de la régulation. Parmi celles-ci on peut en retenir trois. La première est budgétaire: les vingt demandent que soit débloquée une enveloppe supplémentaire de 300 millions d’euros en soutien des éleveurs laitiers dans le cadre du budget 2010. Ce sont quelque 60 millions d’euros supplémentaires que la France va ainsi apporter à ses éleveurs après un effort de 98 millions d’euros décidé la semaine dernière sur la gratuité de la fièvre catarrhale ovine. Autre proposition: l’augmentation des aides européennes pour la distribution de produits laitiers non seulement dans les écoles mais désormais aussi dans les universités; enfin l’incorporation du lait écrémé et de poudre de lait dans l’alimentation animale qui avait été temporairement suspendue. Sur les 87000 exploitations laitières françaises il faut aussi distinguer celles qui sont petites et réalisent 50.000 €/an de CA, les exploitations spécialisées avec une MBS supérieure à 20 UDE et qui se retrouvent dans les OTEX avec plusieurs sytèmes de production (bovin, lait, élevage viande), et enfin celles qui avec une MBS > à 20 UDE n’appartiennent pas aux OTEX 41 & 42 comme les exploitations avec élevage et cultures, celles relevant des OTEX n°60(polyculture), les n°71 (polyélevage à orientation herbivore)et n°81 (grandes cultures et herbivores); les exploitations avec hors sol aussi:celles relevant des OTEX n°50 (granivores)et n°72 (polyélevage à orientation granivore);les exploitations avec grandes cultures: celles relevant
    des OTEX n°13 et 14 (céréales et grandes cultures).
    De là on a vite fait de comprendre que nous n’avons pas 87000 exploitations aux voix similaires qui entretiennent le même discours et les mêmes attentes contrairement à ce que nos médias populistes cherchent à faire entendre aux français qui les répercutent peut-être un peu vite ailleurs.

    Depuis 1984 l’on savait déjà très bien que du fait de la forte hétérogénéité des structures et des écarts de performances économiques, les exploitations laitières françaises n’étaient pas toutes capables d’affronter,avec la même force, les différentes réformes (comme celles du cadre en 2000) en vue d’une libéralisation accrue du marché des produits laitiers pourtant de mise avec cette farouche envie de dessiner une grande europe..vous l’avez voulue cette europe et bien la voilà (ou presque M.Vaclav Klaus faisant provisoirement un peu de résistance pour des histoires pécuniaires bien sombres)et cela ne fait que commencer.
    D’autres pistes dont on ne parle pas beaucoup ces derniers temps seraient comme pour les bonus des traders de limiter par directive européenne toutes les marges arrières des traders de la grande distribution en Europe.Mais là tout le monde est absent, mêmes les rédactions, les politiques et vous malgré votre élan au demeurant sypathique, vous venez prôner ni plus ni moins de piocher un peu plus d’argent dans des caisses publiques vidés à un moment exceptionnel où la nation française enregistre son plus haut niveau historique de déficits publics…
    Personnellement en tant que contribuable j’en ai marre d’être une vache à lait ! Un enfant qui naît en octobre 2009 connaît dès son 1er souffle un endettement de plus 29.000 €. Qu’en pensez-vous ?

    Christopher Mc Andrew

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